« Vivre ensemble en paix » face à « l’Abrahamisme » : Le conflit des projets entre paix des valeurs et alliance fonctionnelle

Alors que les cercles politiques internationaux s’affairent à redessiner la carte des nouvelles alliances mondiales, un affrontement silencieux émerge à l’horizon entre deux visions contradictoires de la paix : la première est l’initiative « Vivre ensemble en paix », adoptée par l’ONU sur proposition de l’Algérie, et la seconde est ce qu’on appelle « l’Initiative Abrahamique » (ou projet de paix au Moyen-Orient). Bien que les deux parties partagent le terme « paix », une analyse approfondie révèle que la première initiative constitue, par essence, le « contre-projet » de la seconde, tant au niveau du point de départ que de l’objectif et des résultats.

L’initiative « Vivre ensemble en paix » tire sa force de la légitimité internationale historique. Elle est le fruit de la résolution onusienne (72/130) adoptée à l’unanimité par l’Assemblée générale des Nations Unies (193 États) le 8 décembre 2017. Cette résolution a instauré le 16 mai de chaque année comme Journée internationale visant à faire de la coexistence une culture mondiale respectant la spécificité et la souveraineté des États.

À l’opposé, « l’Abrahamisme » s’érige en un système d’« accords transactionnels » (Transactional Deals) basés sur une logique d’intérêts sécuritaires et économiques directs, ce qui le rapproche davantage d’une « alliance fonctionnelle » que d’un projet de paix humaniste global.

La différence fondamentale réside également dans « l’inclusivité ». L’initiative du « Vivre ensemble en paix » s’adresse à l’être humain où qu’il soit, indépendamment de sa religion ou de sa race. Elle considère que la paix ne peut être atteinte que par la justice sociale et le respect des droits des peuples opprimés. Quant à « l’Abrahamisme », il repose sur une « ingénierie religieuse » sélective, tentant de fondre les identités dans un moule unique pour servir des agendas politiques précis, ce que les opposants qualifient de « paix imposée d’en haut » ignorant les droits historiques, avec à leur tête la cause palestinienne.

La visite du Pape en Algérie : Consécration de l’école de la modération et rupture avec l’instrumentalisation politique de la religion

Dans le cadre du renforcement de cette dimension humaine, la visite du Pape en Algérie en avril 2026 (dans ses dimensions historiques et symboliques) vient donner un élan concret à l’initiative du « Vivre ensemble ».

Cette visite ne doit pas être lue uniquement comme un événement religieux, mais comme une reconnaissance internationale de « l’école de la modération algérienne » qui rejette l’instrumentalisation politique des religions. La présence du chef de l’Église catholique sur la terre algérienne est une consécration du concept de « dialogue d’égal à égal » qui n’efface pas les spécificités nationales mais les valorise. Cela contraste radicalement avec les ambitions de « l’Abrahamisme » qui tente de brouiller les pistes religieuses pour justifier des concessions politiques.

Dans l’initiative « Vivre ensemble en paix », la paix est perçue comme une « finalité » construite de la base vers le sommet, à travers le dialogue des civilisations et la valorisation du patrimoine commun (à l’instar de la célébration des parcours de Saint Augustin ou de la pensée de l’Émir Abdelkader). En revanche, dans le projet « abrahamique », la paix apparaît comme un « outil » pour réorganiser les équilibres régionaux et créer de nouveaux axes militaires et économiques, transformant ainsi le concept d’une valeur morale en un levier géopolitique.

En conclusion, la réalité montre que l’initiative « Vivre ensemble en paix », forte de son poids et de sa légitimité onusienne depuis 2017, représente le dernier rempart pour préserver l’identité nationale et panarabe face aux projets de « dissolution » proposés par l’Abrahamisme. Alors que ce dernier cherche à « normaliser » la réalité par la force et l’argent, la première s’efforce d’« enraciner » la paix par la conscience et la justice, s’imposant ainsi comme le projet civilisationnel alternatif et opposé, pariant sur la durabilité de la paix à travers le respect de la différence et non son effacement.

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